Avortements des ruminants – 18 septembre 2019

Avortements des ruminants
Une méthodologie précise à appliquer

Avortements => L’apparition d’avortements implique un plan d’action raisonné. Le diagnostic direct montre tout son intérêt si les précautions d’utilisation sont respectées.

Est considéré comme avortement toute naissance d’un animal mort, vivant mais né avant terme ou mort dans les 48 heures suivant la naissance. Tous les élevages sont concernés et on estime à 2 % les femelles qui avortent chaque année.

Des causes multiples d’où un diagnostic délicat

De nombreux facteurs peuvent interrompre une gestation : traumatisme de la mère en fin de gestation, anomalie du fœtus déclenchant son expulsion, problème alimentaire, maladies… Cela explique que sur un avortement isolé, la probabilité d’en trouver la cause est faible. En revanche, lors d’avortements multiples et rapprochés la cause infectieuse est plus probable.

Une déclaration obligatoire des avortements (police sanitaire de la brucellose)

Le 1er signe de la brucellose est l’avortement d’où une déclaration obligatoire de tout avortement chez les bovins ou tout épisode abortif chez les petits ruminants (3 avortements ou plus sur une période de 7 jours ou moins) à son vétérinaire sanitaire avec une prise en charge par l’Etat des frais liés à ce contrôle brucellose (frais de déplacement et d’intervention du vétérinaire sanitaire, frais d’analyses).

De nombreux agents infectieux incriminés

La liste des bactéries, virus ou parasites responsables d’avortements est longue. Citons parmi les plus fréquents l’ehrlichiose, la fièvre Q, la BVD, la néosporose pour les bovins, la salmonellose, la chlamydiose ou la toxoplasmose pour les petits ruminants. Ces agents infectieux sont les plus redoutables car contagieux et doués d’un grand pouvoir d’expansion intra et inter élevages. Ils sont souvent difficiles à combattre (échecs thérapeutiques) et persistants par les animaux porteurs asymptomatiques et excréteurs avec, pour certains, un risque pour l’humain et, plus encore, la femme enceinte.

 

Le recours au laboratoire, un passage obligé pour assurer le diagnostic étiologique

Lors d’avortements, les manifestations cliniques et les caractéristiques épidémiologiques ne sont pas spécifiques. Au mieux, ces éléments peuvent orienter vers une suspicion d’où l’indispensable recours au laboratoire. Le diagnostic analytique fait appel à des méthodes directes avec recherche de l’agent causal ou indirectes avec recherche des anticorps.

Des précautions d’utilisation à respecter

La précocité d’intervention est déterminante : prélèvement dans les 48 heures, maximum, suivant l’avortement pour le diagnostic direct. Cela garantit des prélèvements de qualité pour le laboratoire et augmente le taux d’élucidation. Si on intervient plus tardivement, on s’orientera alors sur des recherches complémentaires comme les sérologies chez les avortées depuis plus de 15 jours.

Le taux d’élucidation est conditionné par la précocité d’intervention (prélèvement dans les 48 heures, maximum, suivant l’avortement pour le diagnostic direct), la qualité des prélèvements et la vitesse d’acheminement, d’où la mise à disposition des vétérinaires d’un kit prélèvements avortement à utiliser lorsque l’avorton ne peut pas être acheminé au LDA.

Un diagnostic direct facilité par la Caisse Régionale de Solidarité Santé Animale (CRSSA)

Pour faciliter l’utilisation des techniques de diagnostic direct (PCR), le GRASL a décidé de consacrer la CRSSA au diagnostic direct des avortements dans les élevages bovins, ovins et caprins. Un kit PCR, adapté à chaque espèce, avec une prise en charge de 75 % est à disposition. En fonction des outils analytiques disponibles et des maladies rencontrées dans chaque espèce, les kits sont adaptés : 11 valences recherchées chez les bovins, 4 chez les ovins et 3 chez les caprins (cf. tableau « CRSSA – Kit diagnostic direct avortements ruminants »). En cas de nécessité de recherches sérologiques complémentaires, notre plan « maladies émergentes » permet la prise en charge de 50 % des frais d’analyses et de la visite vétérinaire de mise en place du plan de lutte et de prévention.

Une attention particulière vis à vis de la fièvre Q, une forte prévalence ehrlichiose chez les bovins

En 2018, 71 kits avortements bovins ont été réalisés en Creuse. Le taux d’élucidation est de 32 % avec une forte prévalence de l’ehrlichiose (13 cas), suivie par la fièvre Q (5 cas) et de manière plus sporadique la listériose, le BHV4, la leptospirose ou la BVD. Pour les petits ruminants, 21 kits ont été analysés avec un taux d’élucidation de 10 % (fièvre Q). Lors de tout résultat positif, un courrier d’explication concernant la maladie identifiée (ces fiches sont disponibles sur notre site) vous est envoyé avec copie à votre vétérinaire. Une attention particulière est à apporter vis à vis de la fièvre Q, maladie contagieuse à l’homme (zoonose). Pour plus d’informations, consultez la plaquette « Fièvre Q – Mieux la connaître » sur notre site. La gestion sanitaire des avortements implique une application stricte de certaines mesures par le couple éleveur/vétérinaire afin d’en limiter l’impact sur le cheptel et l’environnement (cf. encadré). C’est une composante de notre concept « Le sanitaire… j’adhère ! ». Pour plus de renseignements, n’hésitez pas à contacter votre vétérinaire ou GDS Creuse.

 

Dr Didier GUERIN
GDS Creuse

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