Gestion des strongles digestifs – 26 mai 2021

Gestion des strongles digestifs
Le rendez-vous de printemps

Le plan « strongles » au printemps => Le printemps représente une période stratégique de gestion des strongles digestifs, surtout dans les deux premières années de vie des bovins.

 Pour être efficace vis à vis du risque « strongles », avec les outils agronomiques et médicaux, deux rendez-vous sont incontournables : le printemps, pour définir la stratégie à adopter pour le pâturage et l’automne, pour tirer le bilan de la saison passée et mettre en place, si nécessaire, un traitement antiparasitaire. Un ajustement peut intervenir en été lors d’apparition d’un épisode parasitaire clinique (strongylose pulmonaire par exemple) ou si des évènements imprévus ont modifié l’exposition des animaux aux parasites.

Les strongles digestifs des bovins, une influence fondamentale de l’immunité sur l’épidémiologie

Si la liste des strongles des bovins est longue, deux parasites retiennent principalement l’attention ; Ostertagia ostertagi, strongle de la caillette est sans conteste le plus pathogène, devant Cooperia oncophora, strongle de l’intestin grêle. Au printemps, la principale source de contamination est constituée des larves trans-hibernantes présentes sur les parcelles, dont la survie a pu varier en fonction des éléments climatiques (hiver doux et humide). La charge parasitaire initiale est souvent faible et la contamination des pâtures va découler du niveau de recyclage des larves par les bovins, sachant qu’un strongle pond jusqu’à 4.000 œufs par jour pendant 1 à 2 mois. Les veaux sont les principaux facteurs de multiplication, dès 3 semaines après la mise à l’herbe, car ils n’ont pas encore d’immunité vis-à-vis des strongles. A l’inverse, sur un adulte correctement immunisé, seule une larve sur mille d’Ostertagia ingérée deviendra un adulte excréteur.

Le veau pleinement multiplicateur vers l’âge de 3/4 mois

La période de vêlage va impacter la dynamique de contamination des animaux et des parcelles. Il faut attendre 3-4 mois pour que le veau allaitant acquière une capacité d’ingestion d’herbe « suffisante » pour entraîner une contamination, le lait étant la base de l’alimentation auparavant. Donc, tout veau âgé de 4 mois ou plus à la mise à l’herbe présentera un potentiel de recyclage des strongles maximal. Ces animaux vont présenter rapidement un niveau de contamination élevé et, par contre, acquérir une immunité importante au cours de leur 1ère année de pâturage. A l’inverse, des veaux plus jeunes (nés en fin d’hiver) présentent un potentiel de recyclage à la mise à l’herbe beaucoup plus faible et ne seront infestés par les strongles de manière significative qu’à l’automne mais ne bénéficieront que d’une immunité en début d’acquisition.

Trois possibilités de traitement peuvent être mises en place : préventif, préventif – curatif ou curatif. Plusieurs critères vont permettre de choisir sa stratégie mais le principal reste la période de naissance des veaux. Dans tous les cas, un examen clinique régulier des animaux permet d’évaluer voire de corriger le protocole de traitement initialement prévu en intégrant la notion de mise en place de l’immunité pour les futurs reproducteurs.

Une gestion primordiale des strongles dans les deux 1ères années de vie des bovins

Un bovin perd du poids s’il accueille plus de 20.000 parasites et est malade s’il en accueille plus de 40.000 (diarrhée, poil piqué, amaigrissement…), sachant qu’on peut trouver jusqu’à 150.000 strongles sur un veau. Tout retard de croissance enregistré ne sera jamais totalement compensé et les séquelles, se traduisant par un moindre développement musculosquelettique, seront d’autant plus importantes que les animaux sont jeunes. Le programme de lutte et de prévention contre les strongles sera fonction des objectifs de croissance et de besoin d’acquisition d’immunité. Une gestion différenciée des animaux en fonction de leur avenir est possible ; pour les animaux destinés à l’engraissement, on privilégiera la croissance, avec des traitements réguliers, et pour les animaux à visée reproduction, on acceptera une contamination modérée permettant la mise en place de l’immunité.

La date de naissance influe fondamentalement la dynamique d’infestation au niveau des prairies. Cela implique donc une approche spécifique de la gestion des strongles en fonction des périodes de vêlage.

Les outils pour son plan antiparasitaire : gestion des pâtures et antiparasitaires

Plusieurs stratégies de gestion des pâtures permettent de limiter les risques de contamination : la prévention en mettant les animaux dans un pré présumé sain, l’évasion en changeant les animaux de parcelle avant 3 semaines, ou la dilution en baissant les chargements à l’hectare (moins de 3 UGB/ha) ou en associant les espèces (chevaux).

En matière d’antiparasitaire, le choix intègre l’action directe sur l’animal, et aussi, par la durée de son action, son impact sur le recyclage parasitaire, donc sur la contamination des pâtures et ainsi son action indirecte sur la charge parasitaire de l’animal.

Une utilisation préventive des antiparasitaires à la mise à l’herbe…

L’utilisation préventive a pour but de retarder la contamination de la pâture, donc des animaux, par destruction des larves ingérées et ainsi limiter le recyclage parasitaire. Cela nécessite un traitement des veaux à la mise à l’herbe ou dans les trois semaines maximum après la mise à l’herbe avec un anthelminthique ayant une rémanence (durée d’action) suffisante comme les bolus ou les programmes endectocides et un passage des mêmes animaux sur les mêmes parcelles. La charge parasitaire des bovins sera alors limitée en deçà du seuil d’implication zootechnique et suffisante pour l’installation de l’immunité. Par contre, le traitement de fin de saison de pâture devra être inexistant ou limité afin de ne pas entraver la mise en place de cette immunité.

… ou préventive et curative en cours de saison… 

L’utilisation préventive et curative sera utilisée en cours de saison de pâturage avec une action de destruction des parasites présents et une prévention de contamination par la limitation du recyclage parasitaire grâce à la rémanence du médicament utilisé dans le cadre d’un changement de pâture. Cela peut être le cas de veaux d’automne après leur sevrage ou de génisses de 2ème année lors de changement de cycle de pâturage au mois de juin (passage sur des prairies de fauche déprimées au printemps).

… ou une intervention curative lors de mauvaise maîtrise de la prévention

Enfin, l’intervention curative se réalise lors d’apparition de phénomène subclinique ou clinique de parasitisme lors de mauvaise maîtrise de la prévention parasitaire car toute atteinte parasitaire visible est synonyme de pertes zootechniques. Les benzimidazoles peuvent être indiqués à condition que ce soit à l’entrée en stabulation ou lors de passage sur une prairie saine (parcelle n’ayant pas été pâturée depuis l’automne précédant). Dans le cas contraire (bovins laissés sur la même pâture ou passés sur une parcelle non-saine), le recours à des anthelminthiques rémanents (macrolides) est nécessaire.

Un protocole de traitement différent veau d’automne/veau d’hiver

En 1ère année de pâture, pour les veaux avec une capacité de recyclage à la mise à l’herbe (veau de 4 mois et plus), il sera mis en place une approche préventive au lâcher ou préventive et curative lors du sevrage s’il intervient dans les 3 mois après cette mise à l’herbe. Pour les veaux de vêlages de fin d’hiver, un traitement curatif au sevrage est suffisant. En 2ème année de pâture, les animaux nés en fin d’année présentent une immunité en fin d’acquisition (s’il y a eu contact suffisant et pas d’excès de traitement, notamment en fin de saison de pâture). Un traitement préventif avec une rémanence de moyenne durée (endectocides pour-on par exemple) sera suffisant. A l’inverse, les bovins de début d’année ont une immunité en début d’acquisition, ils nécessiteront une approche préventive à la mise à l’herbe (type bolus par exemple) ou préventive – curative au mois de juin.

Un rendez-vous avant la mise à l’herbe pour une démarche raisonnée (ni trop, ni trop peu) intégrant les outils agronomiques puis les traitements

Les infestations parasitaires de pâturage nécessitent d’appréhender la dynamique d’infestation de l’animal et de la pâture en maîtrisant les trois variables que sont l’hôte, le parasite et l’environnement. En concertation avec votre vétérinaire, au moment du Bilan Sanitaire d’Elevage par exemple, vous établissez votre plan antiparasitaire annuel en intégrant dans la réflexion l’âge des animaux, le chargement, les rotations de pâtures, la durée de pâturage, la complémentation, les traitements… Pour une vision d’ensemble sur le plan de maîtrise du parasitisme dans votre troupeau, vous pouvez consulter le chapitre parasitisme dans le menu déroulant de la « boîte à outils bovins » sur notre site. C’est une étape incontournable de notre concept « Le sanitaire… j’adhère ! ».

Dr Boris BOUBET
GDS Creuse

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