Boiteries des bovins – 14 février 2024

J’observe les pieds de mes bovins
Je n’attends pas les boiteries pour intervenir

Boiteries des bovins : L’identification de la cause d’une boiterie passe par l’observation de l’animal et le repérage de la zone touchée. S’il s’agit du pied, le parage constitue une étape indispensable et, pour être pleinement efficace, il demande à être réalisé tôt et en respectant une méthodologie.

 De nombreux facteurs peuvent expliquer la survenue de boiteries dans un élevage : génétiques, alimentaires, accidentels… La douleur qu’elles génèrent induit de lourdes pertes économiques : diminution de production, retard de croissance, reproduction retardée, frais vétérinaires, temps passé aux soins, réforme anticipée.

Une gestion préventive du troupeau à fortement privilégier

Intervenir sur le pied déformé d’un bovin boitant depuis plusieurs semaines n’est satisfaisant ni pour l’animal, ni pour l’éleveur. Il est préférable de réformer les animaux qui génétiquement ont des pieds qui se déforment, veiller à une bonne ration alimentaire afin d’éviter les fourbures, complémenter les animaux en minéraux afin de renforcer la corne, s’assurer que les sols sur lesquels ils se déplacent permettent une usure régulière de la corne. On peut également lever régulièrement les pieds afin de vérifier l’absence de lésions. Le parage préventif permet de ne pas être confronté à l’urgence et de limiter les conséquences induites (pertes de production) pour un animal qui boite. Il a pour but de ramener le pied à des dimensions normales pour équilibrer le poids du corps sur tous les onglons. Il consiste donc à enlever la corne superflue pour redonner au pied son aplomb normal, notamment à la mise à l’herbe pour les bovins allaitants.

Détecter les signes de boiterie rapidement pour améliorer le délai d’intervention

La boiterie se diagnostique classiquement quand l’animal se déplace mais des signes au repos permettent déjà d’identifier des anomalies : membres postérieurs avec des jarrets resserrés et des pieds qui partent vers l’extérieur, animaux qui se positionnent en écartant les pieds, ligne de dos arrondie… On observe parfois des boiteries hautes (arthrites, fractures…), mais dans 90 % des troubles de l’appareil locomoteur, les affections du pied sont mises en évidence. Lever le pied doit devenir un réflexe et plus l’intervention est réalisée tôt, plus elle sera efficace. Le délai moyen d’intervention des éleveurs est de 70 jours pour les boiteries légères et de 20 jours pour les boiteries importantes. C’est évidemment trop, car les lésions peuvent devenir irréversibles et les pertes de production très importantes.

Lever le pied en toute sécurité

Une fois la décision prise, l’éleveur raisonne son intervention afin de travailler en sécurité, sans risque pour l’animal et pour un travail de qualité. Il faut garder à l’esprit que les bovins présentant des traumatismes physiques, une gestation avancée ou une faiblesse trop importante ne doivent pas passer à la cage afin d’éviter tout risque lié à la contention.

Lever un pied nécessite une organisation :

  1. Identifier les animaux nécessitant une intervention et les isoler.
  2. Placer la cage dans un endroit abrité de la pluie, avec éclairage, électricité et eau. La proximité du reste du troupeau permet de rassurer l’animal sur lequel on intervient.
  3. Agencer le parcours pour que l’accès à la cage semble « naturel ». On essayera de rester le plus doux possible avec le bovin, afin de limiter les risques de lésions dans la cage et l’appréhension pour les parages ultérieurs.
  4. Prévoir après l’intervention un lieu avec des surfaces propres à sol meuble.

De l’identification de la boiterie au parage fonctionnel

L’observation du pied est la première étape. On essaye d’identifier les lésions principales, on vérifie l’absence de clou ou de caillou. Si on observe une croissance excessive de la corne ou si on suspecte une lésion podale, on effectue un parage fonctionnel. Cela doit permettre de rétablir les aplombs et de détecter d’éventuelles lésions. Le pareur coupe à la bonne longueur en pince (8 cm entre le bout des poils et la pointe de l’onglon). Ensuite, il intervient au niveau de la sole afin d’enlever l’excès de corne pour obtenir son aplanissement. La dernière étape consiste à reconstituer une sole concave de façon à ce que l’appui ne se fasse que sur la projection de la muraille et en talon. La coupe en pince détermine à peu près la hauteur de corne de la sole à tailler, un contrôle régulier par pression du pouce évitant d’entamer le pododerme. Le talon est respecté au maximum lors de la taille de la sole. Sur les postérieurs, l’onglon externe est le plus souvent atteint. On commence toujours le parage par l’onglon intérieur et on essaye ensuite de reproduire la symétrie sur l’onglon externe. Si les lésions observées sont importantes, la pose d’un pansement et d’une talonnette s’impose. Des anti-inflammatoires pour soulager l’animal et des antibiotiques dans les cas rares qui le nécessitent (panaris, arthrite de la troisième phalange) pourront être prescrits par le vétérinaire traitant. Dans la plupart des cas, les soins locaux suffisent.

Le but premier du parage est de ramener le pied à des dimensions normales d’où l’intérêt d’avoir une connaissance de l’anatomie du pied des bovins.

Après le parage, surveiller de manière étroite

Lors de sa convalescence, l’animal doit pouvoir progresser sur des surfaces propres où le sol est meuble. Les dalles bétonnées et rugueuses sont donc à proscrire. Pour faciliter la surveillance, une parcelle enherbée à proximité des bâtiments d’élevage ou une case de stabulation permettra à l’animal d’évoluer sans douleur. Certaines situations nécessitent une attention particulière et une vigilance quant aux recommandations préconisées par le pareur pour le bon rétablissement de l’animal (pansements, talonnettes, …). En cas de doute sur l’évolution, n’hésitez pas à vous rapprocher de votre vétérinaire ou du pareur.

Des professionnels pour vous aider à sélectionner les animaux à parer

Des pareurs de Farago Creuse, spécifiquement formés, peuvent vous aider à sélectionner les animaux nécessitant une intervention. Farago Creuse dispose d’une cage hydraulique dernière génération avec des équipements spécifiques : anti-recul, levage des pieds postérieurs et antérieurs. Cela permet de réaliser les interventions dans de bonnes conditions tout en veillant au respect du bien-être animal. En 2023, nous sommes intervenus sur plus de 5.000 pieds. Cette activité se répartit sur l’année avec des pics à la mise à l’herbe. Anticiper permet de réduire les délais d’intervention et de réaliser un parage préventif dans les meilleures conditions.

Le parage est une intervention demandant méthodologie, compétence et matériel adéquat. GDS Creuse et Farago Creuse vous proposent le 27 février 2024 une formation associant présentation de l’anatomie du pied et des différentes pathologies et mesures correctives à mettre en place, avec un atelier pratique en ferme

Aller plus loin dans la réflexion pour une meilleure prévention

Les affections des pieds présentent souvent un caractère collectif et multifactoriel. Certaines pathologies « s’achètent » comme la dermatite digitée, il faut rester vigilant lors de l’introduction d’animaux. La résolution d’un problème récurrent nécessite une investigation globale au niveau de l’élevage pour mieux cerner les facteurs de risque et les moyens à mettre en œuvre pour une lutte et une prévention adéquate. Cela passe par une synergie d’action avec votre pareur, votre vétérinaire et vos techniciens d’élevage (bâtiment, nutrition, …). Si vous souhaiter parer vous-même, une formation est nécessaire afin d’apprendre les bases anatomiques, la technique de parage et la reconnaissance des diverses maladies podales. En partenariat avec la Chambre d’agriculture, nous organisons une formation à la détection et la gestion des boiteries le 27 février 2024, pour plus de renseignements, n’hésitez pas à nous contacter.

 

Dr Boris BOUBET – GDS Creuse
Aurélien LEGRAND –
Farago Creuse

imprimer cet article imprimer cet article