Tétanos des équidés et des ruminants – 15 juillet 2020

Le tétanos des équidés et des ruminants
Une pathologie rare mais toujours grave

Le tétanos, une pathologie sporadique en élevage => Le tétanos est une maladie neurologique provoquée par la toxine élaborée par la bactérie Clostridium tetani. La maladie est le plus souvent mortelle mais des vaccins efficaces existent.

Le tétanos est une maladie qui reste rare mais son extrême gravité incite à prendre des précautions dans la gestion des plaies ou lors d’interventions programmées sur les animaux.

Une sensibilité d’espèce variable

Si la maladie peut toucher tous les mammifères, la sensibilité varie suivant les espèces. Globalement, les bovins et les carnivores sont relativement résistants mais des cas sont tout de même régulièrement observés. En revanche, les petits ruminants et surtout les équidés y sont très sensibles. Cela implique que des précautions particulières doivent être prises lorsque l’on souhaite intervenir sur ses animaux.

Clostridium tetani, l’agent responsable du tétanos…

Les clostridies sont des bactéries anaérobies, largement répandues dans l’environnement, notamment dans les sols. Les infections à Clostridium sont responsables de plusieurs pathologies chez les animaux : entérotoxémies, botulisme, œdème malin, charbon bactérien symptomatique ou tétanos. L’agent responsable du tétanos, Clostridium tetani, peut également se retrouver sur les objets rouillés ou dans les intestins des herbivores qui peuvent en excréter de grandes quantités chaque jour. Dans la nature, la bactérie se présente sous forme de spores pouvant survivre pendant plusieurs années dans le milieu extérieur (plus de 30 ans dans la terre) et résistantes à tous les désinfectants. L’infection des animaux se fait le plus souvent par contamination d’une blessure, d’une plaie de castration sanglante ou d’écornage, ou par le nombril sur les jeunes animaux. Ce n’est donc pas une maladie contagieuse.

… avec une clinique due aux toxines…

Une fois dans l’organisme, les spores vont se réactiver et les bactéries vont se multiplier dans les zones sans oxygène (surtout plaie profonde). Elles produisent alors des neurotoxines responsables des signes cliniques observés. Elles vont circuler dans le sang ou migrer le long des nerfs et se fixent sur les terminaisons nerveuses, bloquant l’influx nerveux et provoquant des spasmes musculaires caractéristiques de la maladie. L’administration d’antibiotiques est donc utile en tout début d’évolution pour détruire les bactéries mais la guérison, lorsque l’animal survit, n’interviendra qu’après plusieurs semaines, temps nécessaire à l’élimination de ces toxines.

… et une clinique très évocatrice

Après 8 à 10 jours d’incubation en moyenne, les premiers signes cliniques de tétanos apparaissent et sont assez caractéristiques. L’animal commence par présenter une raideur généralisée avec quelques signes distinctifs : difficulté à mastiquer, oreilles dressées et légèrement en arrière, troisième paupière apparente, port de la queue redressé. La plupart du temps, la température corporelle est quasiment normale. Puis le tableau clinique s’aggrave avec apparition de contractures musculaires, notamment de la mâchoire et de l’encolure, difficultés locomotrices, hyperesthésie, spasmes. Chez les ruminants, on peut observer de la météorisation par blocage des muscles de l’œsophage. L’évolution classique est un décubitus latéral et une paralysie du diaphragme qui entraine la mort en 1 à 2 semaines.

On observe les signes caractéristiques du tétanos : raideur généralisée, port de la queue relevé, oreilles dressées vers l’arrière. Le cheval est une des espèces les plus sensibles à cette maladie.

Un diagnostic surtout clinique

Il n’existe pas de test de laboratoire pour confirmer l’hypothèse de tétanos. Le diagnostic se fera à partir des signes cliniques observés et la porte d’entrée peut être recherchée : présence d’une plaie, commémoratif de mise-bas ou de non délivrance… Parfois, on ne parvient même pas à identifier l’origine de la contamination. D’autres pathologies (myopathie, hypomagnésémie…) ou intoxications peuvent entrainer des désordres neuro-musculaires, mais du fait des signes cliniques caractéristiques observés, le diagnostic du tétanos reste relativement aisé.

Un traitement toujours aléatoire

Passée la phase initiale, les antibiotiques ne sont plus d’aucune utilité puisque les symptômes sont alors dus aux toxines. Sur les équidés, une sérothérapie peut être envisagée en tout début d’évolution, mais son coût en rend l’emploi compliqué sur les ruminants. Dans tous les cas, l’animal sera isolé et mis dans une ambiance sombre et calme. Le traitement est symptomatique, avec administration de myorelaxants, et vise surtout à maintenir l’animal en vie en l’abreuvant et le nourrissant (nursing). Tant qu’il tient debout, les chances de guérison existent mais s’il tombe en décubitus le pronostic est très sombre. La survie va dépendre de l’investissement du propriétaire mais surtout de la sévérité des symptômes observés, avec une convalescence de 6 semaines en moyenne. Il ne faut pas oublier de vacciner les animaux ayant survécu à un tétanos car la maladie n’induit pas d’immunité protectrice.

Une vaccination très efficace

L’immunité innée contre le tétanos est quasi nulle, le recours au vaccin est indispensable d’autant qu’il est peu coûteux et très efficace (aucun cas de tétanos décrit sur un animal correctement vacciné). Pour les équidés, animaux très sensibles au tétanos et où la mortalité est de plus de 80 % en cas de maladie, la vaccination est absolument indispensable. Pour protéger le poulain, on pratiquera un rappel de la mère en fin de gestation. Si cela n’a pas été fait, on injecte un sérum à la naissance mais la durée de protection est faible (3 à 4 semaines) et est à renouveler. Dès l’âge de 3 mois, le protocole de vaccination du poulain est à commencer et la vaccination sera entretenue toute la vie de l’animal, de préférence tous les ans.

Chez les ruminants, le vaccin est moins utilisé mais de nombreux animaux sont vaccinés sans que l’éleveur en ai connaissance. En effet, une valence tétanos est intégrée dans la plupart des vaccins entérotoxémies. Si une intervention sanglante est programmée (castration, coupe de queue ou écornage par exemple), il est recommandé d’utiliser en amont un vaccin avec la valence tétanos, l’immunité n’étant obtenue que deux semaines après le rappel. A défaut, une injection de sérum est à faire au moment de l’acte mais l’efficacité sera moindre.

 

 

Une prévention basée sur la gestion de l’environnement et l’hygiène des plaies

Pour limiter les sources de contamination, il faut vérifier l’absence d’objets métalliques dans les parcelles et tout ce qui pourrait provoquer une plaie : clou rouillé qui dépasse, auge ou cornadis coupant… Lors d’intervention sanglante sur les animaux, il faut respecter les mesures d’hygiène de base : matériel et mains propres, ne pas intervenir sur une peau souillée et application d’un antiseptique cicatrisant. Lorsqu’un animal est blessé, le nettoyage de la plaie avec un antiseptique comme l’eau oxygénée permet de détruire les bactéries avant qu’elles n’aient le temps de fabriquer des toxines. En cas de doute, faites appel à votre vétérinaire pour la mise en place du traitement le plus adapté. Pour plus de renseignements sur cette pathologie, vous pouvez également vous rapprocher de GDS Creuse.

Dr Boris BOUBET
GDS Creuse

imprimer cet article imprimer cet article